1910-1916 : La première vague des séjours d’artistes

Autour des artistes de Montmartre et du “bateau-lavoir”

Au début du XXᵉ siècle, Céret, capitale du Vallespir, est une petite ville à l’urbanisation très dense, faite de rues étroites, comme la rue du Commerce, structurées par des maisons hautes, bien intégrées dans le paysage. Dotée de quelques industries locales (espadrille, tissus, tonnellerie et liège), elle vit au rythme des fêtes traditionnelles qui attirent des milliers de visiteurs : la Saint-Ferréol, la Saint-Pierre, la foire et les corridas qui sont animées par d’exceptionnelles cobles, portées par une belle tradition musicale.

À proximité, le petit port de pêche de Collioure devient le haut lieu du Fauvisme, en accueillant dès 1905, Henri Matisse et André Derain. Matisse qui y réside périodiquement entre 1906 et 1914, invite ses amis Marquet, Manguin et Camoin à le rejoindre.

Céret prend part à l’aventure artistique moderne en accueillant, en 1910, trois artistes arrivés par le train, qui font de la ville un foyer de l’avant-garde cubiste : Manuel Martinez Hugué (dit Manolo), Déodat de Séverac et Frank Burty Haviland.

Le sculpteur catalan Manolo réside dans la ville près de quinze ans, jusqu’à son départ définitif à Caldes de Montbui en 1927. Le compositeur Déodat de Séverac y demeure jusqu’à sa mort en 1921. Le peintre et mécène Frank Burty Haviland se marie avec Joséphine Laporta et s’installe dans la ville pour de longs séjours, jusqu’à sa mort en 1971. Il achète en 1913 à la famille Delcros, le magnifique couvent des Capucins, la chapelle et le domaine, son rôle est fondamental, dans la création du musée.

À Céret, par leur travail et par les liens qu’ils tissent avec les artistes et les amateurs éclairés locaux, les trois amis créent un véritable foyer pictural. Participent à cette aventure Victor Crastre, Pierre Camo, Etienne Terrus, Aristide Maillol et Michel Aribaud, amateur d’art et négociant en vins, qui léguera sa collection à la ville, en vue de la création d’un musée à Céret.

Qualifiée de « Mecque du cubisme » par André Salmon, Céret devient un lieu de collaboration plastique étroite pour les peintres cubistes de la maison Delcros (Picasso loue le premier étage de cette grande maison bourgeoise donnant sur un vaste parc) : au cours de l’été 1911, Pablo Picasso et Georges Braque réalisent des œuvres majeures du cubisme analytique. Picasso évolue ensuite, lors de ses séjours de 1912 et 1913 vers le cubisme synthétique et l’utilisation révolutionnaire des « papiers collés ». Juan Gris, Auguste Herbin et Max Jacob retrouvent Picasso en 1913. Juan Gris peint notamment deux magnifiques paysages des collines du col de Boussells ; Auguste Herbin réalise une impressionnante série de paysages cubistes de Céret et en particulier une belle série sur les ponts ; Max Jacob, qui réside avec Picasso à la maison Delcros, écrit et réalise une série de dessins et anime les soirées du Grand Café.

D’autres artistes suivront les traces des peintres du « Bateau-lavoir » : Kisling, Francis Picabia, Jean Marchand, Georges Deniker, Marc Lafargue, Enric Casanovas, Joaquim Sunyer, Ramon Pichot

La Première Guerre mondiale suspend provisoirement la nouvelle dynamique culturelle. Elle laisse à Céret une empreinte durable, comme en témoigne le monument aux morts, commandé en 1919 au sculpteur Aristide Maillol, pour la place de la Liberté.