Valentine Prax
Pas de séjour à Céret confirmé (séjour à Collioure durant l’été 1920), donne 2 toiles en 1950 à l’occasion de l’inauguration du MAMC.
« Pour Valentine… Cela est très difficile. Elle se laisse oublier… Si Valentine Prax avait été un homme, elle serait connue et sa peinture renommée », confiait Ossip Zadkine à son ami et ancien élève Gaston-Louis Marchal en 19641.
Valentine Prax est née à Annaba (anciennement Bône), en Algérie, le 23 juillet 1897, d’un père perpignanais et d’une mère sicilienne. Son père était un exploitant agricole et vice-consul d’Espagne et du Portugal. Elle débute son éducation artistique avec des cours de peinture à l’Académie des Beaux-Arts d’Alger, où elle dessine d’après des plâtres et des modèles vivants. Cet enseignement insistait sur la copie, le décalquage et l’exactitude, des notions qui vont marquer les travaux de jeunesse de Valentine Prax.
En 1919, malgré son manque de moyens financiers, elle décide de se rendre à Paris et s’installe dans un petit atelier rue Rousselet à Montparnasse, qu’elle décrit comme une « cage de verre2 ». Ce studio étriqué, ne bénéficiant ni de l’eau, ni de l’électricité, ni du gaz, se situe en dessous de celui du sculpteur biélorusse Ossip Zadkine. Cette rencontre est déterminante pour l’évolution artistique de Valentine Prax. Zadkine critique ses copies d’après les maîtres, néanmoins il lui conseille d’aller visiter les expositions d’artistes vivants et l’aide à se libérer de son enseignement. Au-delà de leurs échanges artistiques et en dépit de leurs caractères opposés, Prax et Zadkine vont partager une vie commune, ils se marient deux ans après leur rencontre, avec le peintre Foujita comme témoin, à Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne. Sur les recommandations de son mari, elle dessine d’après modèles vivants à l’Académie de la Grande-Chaumière, elle peint sur le motif à Clamart, Marly et dans la région parisienne. À cette époque, la peinture de Prax est inspirée de la nature et des paysages et elle utilise des tons assez ternes dans ses toiles, avant de revenir plus tard à des gammes plus colorées. Elle bénéficie en 1920 de sa première exposition particulière à la Galerie Mouninou et son talent est déjà remarqué par le critique d’art André Warnod, qui qualifie ses tableaux de « riches en espérance3 ». Cet été-là, le couple Foujita-Barrey emmène Valentine Prax à Collioure, où elle réalise plusieurs aquarelles sur le thème des femmes au travail. Les années suivantes correspondent à l’intensification de son travail artistique, elle participe activement à plusieurs salons à partir de 1921 et elle est toujours remarquée comme une artiste prometteuse4. En 1924, elle bénéficie d’une exposition importante à la galerie B. Weill, où elle présente des peintures sur verre, technique assez rare qui contribue à son succès. Le couple effectue plusieurs voyages dans le Midi à la fin des années 1920 et au début des années 1930, ils s’intéressent à l’antiquité gréco-latine et aux scènes mythologiques, c’est la période où leurs œuvres sont le plus proches. Ils déménagent ensemble dans une maison au 100 bis rue d’Assas, qui leur sert également d’atelier commun.
Durant la Seconde Guerre mondiale, la tendance décorative des tableaux de Valentine Prax s’atténue. Elle s’installe à la campagne, aux Arques, dans le Lot, et Zadkine est contraint de se réfugier aux Etats-Unis en 1941. Elle effectue des voyages à Paris pour sauver les sculptures en bronze de son mari, néanmoins elle détruit la majeure partie de ses œuvres, à savoir une centaine de toiles, pour ne pas qu’elles tombent entre les mains des troupes allemandes. Malgré ces temps difficiles, elle expose en 1942 à la Galerie de France, les toiles exposées sont marquées par son abhorration de la guerre et son impuissance face au conflit, les motifs de statues brisées et de maisons en ruine sont fréquents à cette période. Ossip Zadkine lui annonce qu’il envisage de rester à New York, avant de rentrer auprès d’elle en France à cause de la pauvreté et de la maladie. Pendant un temps, la peinture de Valentine Prax est marquée par le thème de la colère, les images des femmes dangereuses et des hommes punis. La période d’après-guerre est prolifique pour son œuvre, elle réintroduit le thème du vivant et la figure humaine, ses peintures redeviennent chatoyantes et lumineuse, les éléments liés à la mer et la musique s’imposent dans ses compositions. En 1950, à l’occasion de l’inauguration du musée d’art moderne de Céret, elle fait don de deux tableaux. Elle continue d’exposer ses œuvres dans des galeries, mais ses apparitions se font timides. En 1963, elle bénéficie d’une grande exposition à la galerie Katia Granoff, exposant 50 tableaux, c’est une consécration pour Valentine Prax. En 1967, son époux Ossip Zadkine décède. Valentine Prax continue de veiller sur son œuvre et participe à la création d’un musée dans leur ancienne demeure parisienne. En 1978, elle fait un don important à la Ville de Paris et le projet du musée est concrétisé en 1982, un an après la mort de Valentine Prax. Elle décède d’une maladie aux reins le 15 avril 1981, après avoir consacré la fin de sa vie au projet du musée Zadkine.
L’œuvre de Valentine Prax est caractérisée par sa grande richesse et sa diversité, elle s’inscrit dans le courant des avant-gardes du début du XXe siècle. Ses tableaux, influencés par la peinture de Charles Dufresnes, Prix de la peinture d’Afrique du Nord en 1910, sont marqués par l’utilisation de tons colorés et chatoyants, créant des atmosphères vaporeuses et lumineuses. Les conseils de Zadkine lui permettent d’évoluer d’une pratique de la copie vers un art d’observation et d’imagination. Ses œuvres mélangent intelligemment le traitement fauve des couleurs et le dépouillement austère et la rigueur géométrique propres au cubisme, cependant elle revient plus tard à des formes courbes. En effet, au fil des années, le mouvement devient un élément constitutif de ses tableaux. Le motif portuaire devient également très important dans sa peinture après la période de guerre, c’est un élément omniprésent renvoyant au vivant et à ses origines méditerranéennes. Elle aboutit à une forme de peinture marquée par la fluidité et le mouvement, donnant une impression de flottement.
En dehors du musée d’art moderne de Céret, plusieurs de ses œuvres apparaissent dans les collections publiques françaises : Musée Zadkine, Centre National des Arts Plastique, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou, Musée de Grenoble, etc.
1 Chabert, Noëlle, « Préface », Valentine Prax, cat. exp., Couvent des Cordeliers, 13 mars-28 avril 1996, p. 5.
2 Huston, Nancy, « Valentine Prax “femme d’intérieur” », Valentine Prax, cat. exp., Couvent des Cordeliers, 13 mars-28 avril 1996, p. 7.
3 Warnod, André, « Notes d’art : Valentine Prax, Diaz de Soria, A. Shoettel, Foujita, Josué Gaboriaud », L’Avenir, 26 mars 1920.
4 Vanderpyl, « Salon des Indépendants », Le Petit Parisien, 21 janvier 1921.