Shirley Jaffe
Shirley Jaffe expose à Céret en 1999 à l’occasion de Shirley Jaffe peintures 1980–1999. Cet événement prend place parallèlement à l’inauguration de la chapelle de la Funéraria à Perpignan, pour laquelle l’artiste a dessiné des nouveaux vitraux. Le musée d’art moderne de Céret conserve certaines œuvres de l’artiste : Four Horizons, donné par Shirley Jaffe à l’issue de l’exposition de 1999 et White Begonia ainsi qu’une autre peinture, déposées par un collectionneur particulier et une estampe issue de la commande publique « Heureux le visionnaire dont la seule arme est le stylet du graveur », en dépôt du FNAC.
Shirley Sternstein, dite Shirley Jaffe, naît le 2 octobre 1923 à Elizabeth, une petite ville industrielle du New Jersey. Sa mère est une immigrante russe, venue s’installer aux États-Unis, comme de nombreuses familles juives, et son père est originaire de l’empire austro-hongrois. Elle bénéficie déjà d’une éducation artistique au lycée et découvre Vassily Kandinsky. De 1945 à 1949, elle étudie l’art à la Cooper Union School of Art de New York et à la Philips Art School de Washington. Cet enseignement est partagé entre une tendance analytique très rigoureuse et une tendance plus mystique. C’est dans ces écoles qu’elle entend parler des travaux d’Arthur Dove, František Kupka, Albert Pinkham Ryder et Marsden Hartley, qui deviennent plus tard des références l’inspirant. Elle admire particulièrement Kandisnky pour « sa fluidité d’idée », « sa vitalité » et l’intensité gestuelle de ses tableaux. Parmi ses autres modèles, elle s’intéresse aussi à Henri Matisse et notamment son travail autour des gouaches découpées, qu’elle découvre au musée des Arts décoratifs en 1961.
À 26 ans, en 1949, elle déménage en France avec son mari le journaliste et poète Irving Jaffe, qui dispose d’une bourse d’étude pour les soldats démobilisés. Le couple s’installe à Paris, Shirley Jaffe apprécie l’entourage urbain et son énergie. Au début des années 50, sa peinture est encore marquée par l’expressionnisme abstrait étasunien, elle est proche des artistes Sam Francis, Joan Mitchell, Jean-Paul Riopelle. Elle va chercher un renouveau dans sa peinture à travers la géométrisation des formes. Elle réalise sa première exposition en 1956 à la galerie Haut-Pavé. En 1963, elle divorce. La même année, elle obtient une bourse de la Ford Foundation, lui permettant d’effectuer un séjour à Berlin durant un an. Ce voyage signe un tournant assez important dans sa peinture. Elle est éloignée de son milieu expressionniste abstrait habituel et peut repenser à sa démarche et à son utilisation du geste. Shirley Jaffe s’oriente vers des formes plus simples et des compositions plus construites. La touche disparaît progressivement au profit d’aplats.
En revenant à Paris, elle emménage dans un petit atelier-logement, 8 rue Saint-Victor, dans le 5e arrondissement. À partir de 1966, elle expose de façon régulière à la galerie Jean-Fournier, jusqu’en 1997, le marchand est un véritable soutien durant sa carrière. À partir des années 70, elle introduit le blanc dans sa peinture colorée compacte. Il agit comme une couleur et comme une forme à part entière, venant rogner et resserrer les éléments du tableau. Dans les années 80, elle réintroduit progressivement la touche dans ses toiles afin de mettre en valeur les aplats. Ces travaux sont déjà en germe dans son œuvre White Begonia de 1984, et trouvent leur accomplissement dans les années 90. Son utilisation de la couleur évolue encore, elle se limite à un nombre restreint de tons principaux et secondaires, cela peut se voir dans The Green Arrow (1991, Fond national d’art contemporain). En 1988, elle expose au Château de Jau, à Cases-de-Pène, pour Des Américains à Paris. Elle revient l’année suivante, sous l’impulsion d’Yves Michaud pour une exposition personnelle.
À la fin des années 90, elle travaille sur une commande publique visant à la réalisation de vitraux pour la chapelle Saint-Jean l’Évangéliste, dite de la Funéraria, de la cathédrale de Perpignan. Ce projet est exécuté avec l’aide du maître verrier Jean Mauret et la chapelle est inaugurée le 15 juin 1999, en même temps qu’une exposition présentant les croquis des réalisations. En parallèle, Shirley Jaffe bénéficie d’une grande exposition au Musée d’art moderne de Céret intitulée Shirley Jaffe peintures 1980–1999, visant à présenter ses toiles récentes. C’est l’occasion de montrer son travail et de la faire connaître dans la région. La même année, elle entre à la galerie Nathalie Obadia, qui lui consacre plusieurs expositions importantes. Durant les années suivantes, elle réalise moins d’expositions, mais celle du Domaine de Kerguéhennec en 2008 reste importante. Le 29 septembre 2016, elle décède à Louveciennes. Une grande rétrospective itinérante lui est consacrée en 2022 au Centre Pompidou de Paris, puis en 2023 au Kunstmuseum de Bâle.
La peinture de Shirley Jaffe est caractérisée par sa forte utilisation des couleurs et par son emploi des formes asymétriques. Ses toiles sont reconnaissables à leur absence de profondeur, toutes les parties du tableau sont placées sur le même plan. Son œuvre est conçue comme un équilibre entre l’ordre et le désordre, c’est une entente entre les formes au bord du conflit. Au début de sa carrière, elle utilise la gouache avant de se tourner vers la peinture à l’huile, mais conserve son emploi des couleurs fortes et vibrantes. Les évolutions de sa peinture sont continuelles, elles ne sont jamais en rupture avec ses précédentes recherches. Toute la production de Shirley Jaffe témoigne d’un intérêt pour la dislocation des formes, même si son style évolue. Elle passe d’une pratique gestuelle à un emploi des formes lisses et géométriques et des aplats de couleurs homogènes. Dans les années 70, elle introduit le blanc comme composante essentielle de son tableau. Sa peinture est caractérisée par une grande liberté, les limites du châssis ne viennent jamais contraindre l’expression picturale de Shirley Jaffe. Les motifs de ses peintures peuvent renvoyer à des éléments géométriques (rectangle, cercle, triangle), issus du monde végétal (palme, fève, liane, trèfle) ou inspirés du quotidien (cadran de téléphone, passage piéton, sablier). Sa méthodologie de travail inclut la réalisation de croquis de sa toile à différentes étapes de la peinture. Les titres de ses tableaux peuvent renvoyer à des moments précis, des thématiques sur lesquelles elle travaille, des éléments figuratifs ou encore des sentiments.
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1 - Fonds général des photographies. 7 tirages NB 18 x 24 cm
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