Juliette Roche

Pas de séjour à Céret confirmé (séjour à Barcelone en 1916).

Juliette Roche est une peintre, dessinatrice et écrivaine née le 29 août 1884 à Paris. Elle est la fille unique du député et ministre Antoine Jules Roche. Elle grandit en Ardèche, d’où sa famille est originaire, avant de revenir de façon durable à Paris. Étant la filleule de la comtesse Greffhule, elle évolue rapidement au sein de salons littéraires, notamment celui d’Anna de Noailles où elle rencontre Jean Cocteau et lie une amitié avec lui. Très jeune, dès 1898 elle étudie la peinture académique auprès d’Edmond Borchard, ancien élève de Cabanel. A partir de 1906, elle fréquente le cénacle rue d’Athènes, qui réunit les fondateurs de la Nouvelle Revue Française et les Nabis. Quelques années plus tard, en 1908, elle intègre l’Académie Ranson à sa création et devient la disciple de Maurice Denis et Paul Sérussier. D’un enseignement académique, elle passe à des peintures marquées par des formes simples, un caractère décoratif et univers symboliste. De son vivant, elle expose très peu. Elle participe à quelques éditions du Salon des Indépendants en 1906 et en 1908 sous le pseudonyme d’Herco. C’est dans ce milieu où elle côtoie les avant-gardes littéraires et artistiques, notamment les cubistes de salon, qu’elle rencontre Albert Gleizes en 1912 et qu’elle épouse en 1915. En 1914, elle participe à une exposition féminine à la Galerie Bernheim-Jeune aux côtés de Janine Aghion et Madeleine Bunoust. Grâce aux liens de la famille Roche, Albert Gleizes est démobilisé et le couple de pacifistes fuient la France pour se réfugier à New York en 1915, puis en 1916 à Barcelone, capitale de substitution du cubisme.

Durant la période étasunienne, elle fréquente Francis Picabia et Marcel Duchamp, qui se trouvaient déjà à New York. Elle produit peu durant cette année, si ce n’est la peinture-collage sur le thème du hachoir à viande, symbolisant de façon ironique son exécration de la guerre et se référant aux collages dadaïstes. Durant la période espagnole, le couple est proche de la colonie d’artistes à Barcelone tels que Picabia ou encore Marie Laurencin. Juliette Roche s’intéresse aux motifs urbains et dépeint notamment des scènes inspirées des passantes sur les Ramblas et elle réalise des natures mortes catalanes. Elle s’éloigne des conceptions cubistes pour développer sa propre œuvre formée de courbes et contre-courbes, comme en témoigne Etude pour Sur les Ramblas. Elle recourt discrètement aux décompositions prismatiques et se contente de simples aplats géométrisés. Toute trace du cubisme s’efface dans son œuvre emblématique American Picnic de 1918, constitué uniquement de formes souples et de coloris éclatants. À partir de la fin de la Première Guerre mondiale, son œuvre est marquée par l’ironie et l’étrangeté, dans les années suivantes, elle va également développer un travail typographique novateur.

Le couple Gleizes-Roche rentre en France à la fin de la Grande Guerre. Ses toiles deviennent plus figuratives et classiques, elle représente beaucoup de natures mortes avec un aspect décoratif et tente parfois des compostions plus abstraites. En 1920 Juliette Roche participe au Salon des Indépendants sous son vrai nom cette fois-ci. En 1923, son père décède et le couple se retire à Saint-Rémy-de-Provence durant un moment, elle développe une intense activité littéraire à cette époque. En 1924, elle achève son ouvrage La minéralisation de Dudley Craving Mac Adam, qui dresse un sévère portrait de l’avant-garde new-yorkaise. En 1927, Juliette Roche et Albert Gleizes fondent les « Coopératives artistiques et artisanales de Moly-Sabata », une résidence d’artistes à Sablons, destinée à la production d’arts visuels. À partir de la Seconde Guerre Mondiale, sa production artistique se raréfie, puis cesse en 1953 à la mort de son époux. En 1962, elle bénéficie d’une dernière grande exposition à la Galerie Miroir à Montpellier présentant une grande partie de ses peintures. Juliette Roche décède en 1980 et reste un témoin essentiel de l’histoire des avant-gardes en France avant 1914. Dans son testament, elle exprime le souhait de la création d’une fondation dédiée à l’art d’Albert Gleizes afin de diffuser son œuvre et de faire perdurer les ateliers de Moly-Sabata.

Son style est marqué par une fidélité à la palette des Nabis et l’héritage des peintres postimpressionnistes, une influence du cubisme et l’expérience du mouvement Dada. L’œuvre de Juliette Roche tente difficilement de synthétiser ces différentes tendances contradictoires. Son œuvre est en constante tension entre une conception réaliste de la peinture, comme observation du monde, et une conception idéaliste de l’art, comme traduction d’une idée1. Elle est également inspirée par les couleurs de l’art égyptien et ses tons acides, qu’elle reprend dans plusieurs de ses créations. Avant la Première Guerre mondiale, son œuvre est tournée vers la peinture de nature morte et les portraits féminins, elle reste orientée vers des sujets traditionnels tout en gardant une grande liberté d’interprétation.

En 2024, la Fondation Albert Gleizes fait don d’Etude pour Sur les Ramblas au musée d’art moderne de Céret. D’autres peintures de la période barcelonaise sont présentes dans les collections françaises, il s’agit de deux natures mortes au porron, datant de 1916, du Musée Fabre de Montpellier et du Musée des Beaux-Arts de Lyon.

1 Fondation Albert Gleizes, Redécouvrir Juliette Roche : peintre et femme de lettre, édité par la Fondation Albert Gleizes, 2018.