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Musée d'art moderne de Céret
Pierre Brune et Miette Brune au Castellas
Pierre Brune et Miette Brune au Castellas
Photo Robert Julia
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Frank Burty Haviland et Pierre Brune se lancent en 1948 dans l’aventure de la création d’un Musée d’Art Moderne à Céret. Les deux peintres, pivots des deux grandes étapes artistiques s’attachent à collecter des œuvres chez les artistes qui furent du voyage. Matisse et Picasso notamment sont les « deux locomotives » du projet, Picasso faisant au final le don considérable de 53 œuvres au Musée. Matisse, quant à lui, offre 14 dessins préparatoires des peintures fauves réalisées à Collioure en 1905. Cet ensemble va enrichir le don conséquent de Mme Aribaud qui avait légué à la ville, en janvier 1934, la collection de son mari qui comprenait des peintures de Juan Gris, Auguste Herbin, André Masson, Kisling, Manolo…

En 1950, déjà l’idée du Musée a pris forme : des locaux lui ont été attribués, deux salles, puis six, puis l’intégralité d’un ancien couvent des Carmes du XVIIème siècle, devenu au XIXème siècle le siège de la maréchaussée et la prison. L’inauguration a lieu le 18 juin 1950 et le Musée est immédiatement référencé et soutenu par la Direction des Musées de France. L’accrochage s’inscrit dans une démarche narrative : les salles du rez-de-chaussée prennent comme point de départ les artistes « d’aujourd’hui » pour « remonter » jusqu’en 1925, à l’étage, sont exposés les « anciens » : Brune lui-même, Krémègne, Masson, Loutreuil, Maragall, Haviland. Au fond enfin, les œuvres offertes par Picasso, et autour de lui : Braque, Matisse, Gris, Chagall, Marquet, les sculptures de Fenosa, Osouf, et Carvillani…

Durant l’été 1953, Picasso rend visite à Pierre Brune, à cette occasion il offre au Musée la fantastique série des Coupelles tauromachiques. Le parti communiste organise une fête à son honneur à l’issue de laquelle l’artiste dessine La sardane de la Paix au Grand Café. Auparavant lors d’un repas à Fontfreda, sur les hauteurs de la ville, Picasso revoit sa terre natale où il a juré de ne plus remettre les pieds jusqu’à ce que soit balayé le régime franquiste. Là, il élabore le projet d’un Temple de la Paix, qui, malheureusement, n’aboutira pas.
Picasso reviendra en visite, assister aux corridas de la Saint-Ferréol durant trois ans.
Pierre Brune décède en 1956, la ville lui rend un véritable hommage, une foule énorme suit ses obsèques. C’est tout naturellement Frank Burty Haviland qui lui succède au poste de conservateur. Il exerce cette fonction jusqu’en 1961 où il cède sa place à Augustin Bérard (de 1961 à 1964) et Marc Janson (1964 à 1966).
L’année 1965 est marquée par la visite théâtralisée du Maître de Cadaquès : Salvador Dalí.
Dalí arrive en calèche et en fanfare, derrière lui le Conseil Municipal, les pompiers, une banda et une cobla. Sur le parcours, la foule est immense. Après un discoursPlace Picasso, sous un rhinocéros de carton où il annonce son mariage avec Gala, tout le monde se dirige vers le souterrain du syndicat d’initiative où se déroule la cérémonie de résurrection, dans un décor de coccinelles et de papillons géants qui entourrent un squelette de deux mètres de haut dont le bras articulé offre une rose au maître et le thorax s’ouvre pour laisser passer une petite fille munie d’un bouquet de fleurs. En fin de journée le maître et sa suite regagnent Perpignan en wagon à marchandises.

En 1966, sous l’impulsion du nouveau conservateur (de 1966 à 1969) Claude Massé, le musée s’ouvre à l’art contemporain. En juillet 1966 est organisée l’exposition Impact I autour de très jeunes artistes, qui quelques années plus tard vont constituer l’image de marque de l’art en France. Ben et ses amis font un happening, sur la Place Picasso, le Musée de Céret s’implique dans la création vivante. Avec un nouveau conservateur, Georges Badin, qui assure cette fonction jusqu’en 1986, le Musée organise de nombreuses expositions importantes parmi lesquelles on peut relever celle de Joan Miró, réalisée à la demande de l’artiste, qui regroupait un bel ensemble de chefs d’œuvres. Durant toutes ces années, le musée et sa collection se sont développés, l’espace du bâtiment mis à disposition est entièrement occupé. L’Association des Amis du Musée, créée en 1960, assure un rôle fondamental de soutien, elle gère les publications et les produits dérivés des expositions.
En 1983, la nouvelle municipalité se trouve confrontée à un problème délicat : les conditions de conservation et de présentation des œuvres sont très insuffisantes et les normes de sécurité et d’hygrométrie ne sont pas respectées. Après une sévère inspection de la DMF la décision tombe : il faut rénover le musée.
En 1986, C’est à une nouvelle conservatrice : Joséphine Matamoros qu’est confiée la mission de moderniser la structure. Par une volonté affirmée de la municipalité le Musée va alors rentrer dans une nouvelle phase de son développement. Un concours d’architecture est organisé en 1987, les lauréats Jaume Freixa et Philippe Pous vont conduire les travaux d'agrandissement qui permettent la renaissance du Musée. Le nouveau bâtiment est inauguré en décembre 1993 par le Président de la République, François Mitterrand.
La réouverture du Musée remanié et agrandi implique une nouvelle réflexion concernant le projet scientifique et culturel qui se fonde sur le passage des artistes dans la ville et l’implication des artistes contemporains dans l’écriture des nouvelles pages de l’histoire de Céret. Les collections sont largement restaurées et complétées par des acquisitions judicieuses mais aussi par des dépôts d’Etat - Fnac, Mnam, Musée Picasso - et trois importants dépôts de collectionneurs privés, Pierre Restany, Yves Michaud et Jean-Pierre Alis.
Dans un premier temps, il a fallu réaliser des acquisitions conséquentes pour restructurer la collection d’art historique. Aujourd’hui, en ce qui concerne l’art historique 1910-1950, le musée n'acquiert que des œuvres réalisées à Céret. En matière d’art contemporain, depuis 1987 les acquisitions sont orientées sur les grands courants du Sud de la France et plus particulièrement celles des artistes de Support-Surface et des artistes qui gravitent autour de ce mouvement, sans oublier les œuvres des grands artistes catalans -Tàpies, Brossa, Perejaume, Tom Carr…
Depuis les années 90, les grandes expositions historiques - Herbin, Chagall, Picasso, Soutine, Dufy - ont contribué à faire connaître l’histoire remarquable qui s’est déroulée à Céret au XXème siècle. Celles d’art contemporain - Perejaume, Tàpies, Viallat, Hantaï, Gauthier, Sarkis, tom Carr, Bioulès - placent le musée dans l’ouverture nécessaire à l’art d’aujourd’hui. L'exposition Soutine qui célébrait le 50e anniversaire de la création du musée en 2000 fut sans nul doute l’élément majeur qui détermina une autre voie pour le musée. À partir de ce moment-là, les pouvoirs publics comprirent l’importance fondamentale du site de Céret, son inscription dans l’histoire de l’art et son impact en matière de développement touristique et économique.
La taille et l’importance, prise par ce musée, rappelons-le situé dans une ville de 8000 habitants déterminent la nécessité d’un changement de statut. Conscients de l’importance de la structure dans le développement culturel départemental, le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, dans un premier temps, et le Conseil Régional Languedoc-Roussillon, un an plus tard, s’associent à la Ville pour la création, effective depuis le premier janvier 2005, de l’Etablissement Public de Coopération Culturelle du Musée de Céret.
Cette implication large des instances publiques va permettre un nouveau rayonnement, aujourd’hui le Musée a pris pleinement sa place dans le réseau des musées français qui s’inscrivent dans une dynamique culturelle de haut niveau.

Musée d'art moderne de Céret    8, Bd Maréchal Joffre    66400 Céret - France    T (33) 04 68 87 27 76
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