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Musée d'art moderne de Céret
Photos de l'exposition

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Auguste Herbin
Rétrospective
Du 2 mars au 26 mai 2013

Réduire la taille du texte  Agrandir la taille du texte  Auguste Herbin (1882-1960) est l’une des plus grandes figures de l’art abstrait et un maître incontesté de la couleur. Natif du Nord de la France, il passe sa jeunesse au Cateau-Cambrésis, petite ville qui vit par ailleurs naître Matisse, son aîné d’une dizaine d’années.

Herbin vient vivre à Paris en 1901 et participe aux grandes révolutions fauve puis cubiste. Dans le premier quart du XXe siècle, alors que naissaient les mouvements De Stijl aux Pays-Bas, du Constructivisme en Russie et du Bauhaus en Allemagne, Herbin a été l’un des fondateurs de l’abstraction en France. Après la Première Guerre mondiale, il devient l’un des principaux protagonistes des deux grands mouvements Abstraction-Création et Réalités Nouvelles.

Inventeur d’un alphabet plastique élaboré dans les années 40, Herbin est en quête d’un art universel. Ses recherches portent sur le rapport entre la couleur, posée en aplat sans modulation ni effet de matière, et la forme épurée, géométrique, sans lyrisme ni anecdote. Son alphabet associe lettres, formes, couleurs et sonorités musicales. « Au commencement est le verbe. Mon travail commence par le mot, chaque lettre désigne une forme et une couleur, et même une note de musique ».
Peintre et théoricien, Herbin eut une influence très importante sur les peintres de l’Après-guerre proches de l’abstraction géométrique et sur les artistes cinétiques.

" Toute l'action de la peinture réside dans le rapport des couleurs entre elles, dans le rapport des formes entre elles et dans le rapport entre les formes et les couleurs ".

Le musée Matisse du Cateau-Cambrésis et le musée d’art moderne de Céret s’associent pour une rétrospective en hommage à Auguste Herbin. Le musée Matisse doit au peintre sa création, par la donation exceptionnelle faite par Herbin à la Ville en 1957. Le musée d’art moderne de Céret conserve des tableaux réalisés par Herbin au cours des deux principaux séjours cérétans du peintre, en 1913 puis en 1919/20. Ceux-ci comptent parmi les chefs-d’œuvre de la collection. Ces deux séjours d’Herbin à Céret furent liés à des moments clés de sa pratique artistique, sa période figurative la plus personnelle et la plus éclatante pour le premier, sa réflexion sur les desseins de l’art et le passage progressif à l’abstraction pour le deuxième. Il était donc naturel que les deux musées s’associent pour la réalisation de cette exposition, qui permet de suivre le cheminement de l’artiste, sa grande cohérence et l’incessante recherche qui l’anima.

Parcours de l’exposition :

Les débuts
Auguste Herbin est né à Quiévy dans le Nord en 1882. Il passe sa jeunesse au Cateau-Cambrésis, qui vit naître Matisse en 1869. Dès l’âge de 14 ans, Herbin suit les cours de dessin industriel proposés par la municipalité. En 1899, une bourse lui permet de s’inscrire à l’École des Beaux-Arts de Lille. Il s’installe à Paris en 1901. Herbin assimile dans ses premières toiles les techniques postimpressionnistes. La touche s’élargit sous l’influence de Cézanne et Van Gogh, et la couleur s’enhardit à la faveur d’un voyage en Corse en 1907. Les paysages peints entre 1908 et 1910 montrent l’intérêt du peintre pour le Cubisme tout en faisant preuve d’une profonde originalité. Herbin conserve notamment l’audace de la couleur vive, à la différence de Picasso et Gris, ses voisins du Bateau-Lavoir, où il s’est installé en 1909. Herbin évoquera par la suite une continuité entre Fauvisme et Cubisme : « Le père du Cubisme, c’est le Fauvisme ».

Premier séjour à Céret en 1913
En 1913, sans doute encouragé par Picasso, Herbin vient pour la première fois à Céret, où se trouvent également Max Jacob et Juan Gris. Herbin, à la réputation de personnage austère et de travailleur obstiné, semble s’être tenu à l’écart de la petite communauté d’artistes. Les paysages peints lors de ce séjour comptent parmi les chefs-d’œuvre de sa production figurative. Les ponts de Céret ou le massif du Canigou apparaissent dans certaines toiles en demi-teintes, selon un chromatisme mesuré où dominent des nuances de gris, de vert ou de bleu. La stylisation des formes confère aux paysages un aspect monumental. Mais la couleur est le plus souvent présente, éclatante. Les éléments sont stylisés en autant de motifs géométriques associés à des couleurs vives, traitées en aplats. Les couleurs froides et chaudes sont soigneusement réparties sur la surface des tableaux. Le paysage, toujours lisible mais réinventé, apparaît alors sur la toile comme une mosaïque de formes et de couleurs.

La guerre - deuxième séjour à Céret en 1919 – Les Objets Monumentaux
Non mobilisé en raison de sa petite taille, Herbin poursuit à l’arrière du front ses recherches cubistes. En 1916, il signe un contrat avec Léonce Rosenberg, directeur de la Galerie « l’Effort moderne ». En mai 1919, Herbin revient à Céret où il séjournera jusqu’en octobre 1920. C’est l’époque de la création des Objets monumentaux. Comme d’autres artistes de sa génération en France et en Europe, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas, Herbin tend vers un art au service d’une utopie, vers la création d’une « œuvre d’art totale » qui joue pleinement un rôle dans la société. L’heure est à l’art monumental, à l’union de la peinture, de l’architecture, de la sculpture et de la création d’objets et de mobilier. Herbin crée des œuvres destinées à s’intégrer à une architecture, travaille à des reliefs et des objets, dont des bois sculptés et peints ou des colonnes en ciment réalisées en 1921. Peut-être guidé par son goût pour les fresques des églises catalanes – dont notamment celles de Saint-Martin de Fenollar qui lui inspireront une série d’aquarelles - Herbin expérimente également des peintures à fresque sur mortier de chaux, liant ainsi peinture et recherche d’intégration de l’art dans l’architecture.

Le « retour à l’ordre » et à la figuration 1922-1926
Les premières œuvres tendant vers l’abstraction connurent si peu de succès que Léonce Rosenberg demanda à Herbin de les échanger contre des peintures figuratives. L’Après-guerre est par ailleurs marqué par une période de retour à la tradition figurative commune à de nombreux artistes et connue sous le nom de « retour à l’ordre ». Pendant quatre ans, Herbin retourne à la représentation de natures mortes et des paysages entrevus dans les lieux où il séjourne : Mouthier-Haute-Pierre, Cassis, Vaison-la-Romaine, Sisteron. Le peintre revient une dernière fois à Céret. Il réalise des quarelles de facture classique, rendant ainsi un ultime hommage au paysage cérétan, avant de s’orienter sur la voie de l’abstraction.

Années 30 et 40 : Abstraction-Création, une vision cosmique.
Invention de l’alphabet plastique.
Dans les années 30, Herbin s’engage dans la voie de l’abstraction, qui sera sienne jusqu’à la fin. En 1931, il fonde le mouvement Abstraction-Création avec Vantongerloo, Van Doesburg, Hélion, Arp et Kupka. Une première période voit l’utilisation privilégiée de la courbe, selon un rythme évocateur du déroulement du temps ou du mouvement cosmique. Les recherches scientifiques de l’époque, dans les domaines de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, ouvrent un champ infini de nouvelles formes plastiques. Herbin adhère dans le même temps à la pensée du théosophe allemand Rudolf Steiner, « un chemin de connaissance qu’il désire mener du spirituel qui vit dans l’être humain vers le spirituel qui vit dans l’univers ».

Les années 40 voient l’élaboration de son alphabet plastique, une méthode de composition partant d’un répertoire de 26 couleurs, correspondant chacune à une lettre et à une forme géométrique - cercle, carré, triangle - auxquelles s’associent des sonorités musicales. Par exemple, la lettre M correspond au jaune de baryte, à la forme triangulaire et à la sonorité « mi ». Ses peintures s’établissent à partir d’un mot qui donne son titre au tableau. La couleur est posée en aplat l, au sein de formes géométriques sans lyrisme ni anecdote.

Herbin est en quête d’un art universel. Il refuse l’individualisme, l’émotion si elle n’est pas maîtrisée ni dominée, le hasard et les formes d’expressions personnelles spontanées. Il transmet cependant à la couleur sa passion et sa violence d’expression.

Les années 50 - Le Salon des Réalités Nouvelles
Loin d’être une contrainte, l’alphabet plastique ambitionne d’être un système ouvert, à l’instar de l’alphabet qui permet d’engendrer une infinité de textes en laissant toute liberté à la subjectivité de chacun.
Parallèlement à son activité de peintre, Herbin est membre fondateur et vice-président du Salon des Réalités Nouvelles créé en 1946 dont le but était de « rassembler les artistes dont les œuvres répondent à la condition essentielle d’admission, c’est-à-dire la non-figuration ». Il est aussi le principal animateur de cette importante manifestation et s’occupe du bulletin comme de l’accrochage, attentif à chaque artiste. Herbin aura une grande influence sur les artistes de l’Après-guerre qui ont mené des recherches sur la couleur, l’abstraction géométrique et sur l’art cinétique.

Le 31 janvier 1960, Herbin meurt subitement à Paris, à l'âge de 78 ans. Il était en train de travailler à une toile sur le mot Fin.

Création contemporaine : Miguel Chevalier, La vague des pixels, 2012. Une œuvre de Miguel Chevalier, créée en référence aux artistes de l’art cinétique fortement influencés par Herbin, clôt l’exposition tout en l’ouvrant sur la création contemporaine.
Différents tableaux graphiques multicolores se succèdent aléatoirement, alternant motifs en référence à l'univers numérique et formes puisant dans l'alphabet plastique d’Herbin. La vague ondule, se forme et se déforme à l’infini. L’œuvre est interactive. Grâce à des capteurs de présence, son univers fluide réagit aux mouvements des visiteurs qui amplifient la déformation de ces pixels.

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