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Musée d'art moderne de Céret
Photos de l'exposition

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Riera i Arago
Le rêve du navigateur
Sculptures et peintures
18 juin - 6 novembre 2011

Réduire la taille du texte  Agrandir la taille du texte  Riera i Aragó (Barcelone 1954) fait partie de la génération des artistes des années quatre-vingt qui fait référence au langage de la peinture et de la sculpture dans sa tradition conceptuelle.
Après la voie prise vers la dématérialisation de l’œuvre d’art engendrée par l’art conceptuel, et après avoir eu recours à l’art pictural informel dans toutes ses formes, les artistes des années quatre-vingt appliquent le même procédé à la sculpture, en lâchant totalement la statuaire traditionnelle, ils découvrent ainsi une grande liberté de création. Cette nouvelle façon de s’exprimer sans complexes offre d’énormes possibilités d’expression et aussi un dialogue direct avec la thématique urbaine et la vie moderne.

Riera i Aragó est totalement intégré dans cette génération des années quatre-vingt qui malgré l’utilisation de matériaux traditionnels, fer, bois, bronze… la plupart du temps récupérés et recyclés, s’emploiera à décomplexer la sculpture, en la détournant et lui donnant une vision totalement personnelle, autour de ce que nous pourrions appeler une « archéologie du machinisme ».
Intéressé par les engins mécaniques, aériens ou aquatiques, mais également par la physique et la culture scientifique et littéraire, il produit une iconographie ludique et poétique très personnelle, inspirée par le monde des sous-marins, avions, zeppelins, barques… qui se retrouvent transformés et poétisés dans ses sculptures ou installations. Depuis ses toutes premières créations son œuvre se caractérise par une influence de la mécanique et de la physique et se concrétise dans les principes de la science moderne.
Daniel Giralt Miracle en parle en ces termes : « La machine, sa forme et sa fonction, sont incontestablement les totems du XXe, appareils qui fascinent l’artiste et que celui-ci transforme en instruments à son service. Si à d’autres époques les artistes avaient utilisé le paysage, les narrations mythologiques ou la figure humaine comme source d’inspiration, Riera i Aragó opte pour un des emblèmes les plus caractéristiques de son époque, le monde de la machine et des engins sous toutes leurs formes, qu’il n’utilise pas à travers un réalisme mimétique, mais en détournant ironiquement le sens de la machine, il lui donne ainsi une capacité maximale de suggestion, d’un voyage entre le réel et l’imaginaire qui deviennent les référents de son travail ».

L’exposition présentée sur la cimaise du Musée d’art moderne de Céret au cours de l’été 2011 se propose de revisiter le travail de ces trente dernières années, en incluant des œuvres réalisées tout spécialement comme « Avion Céret » , une sculpture monumentale en fer peint de cinq mètres de haut, située dans la salle correspondant à l’ancienne chapelle des Carmes du XVème siècle, et dans laquelle l’architecte a souhaité garder la forme de l’abside originelle. Ainsi l’artiste a fait référence aux descentes de croix de l’art roman. Sa teinte évanescente se radicalise avec la lumière zénithale qui pénètre avec douceur dans l’espace, la verticalité de l’avion semble se diriger vers les visiteurs dans une sorte de langueur évoquant la tête du christ, penchée sur la croix, la haute cimaise jouant le rôle d’un immense retable.

Ensuite les salles déclineront un parcours représentatif de son travail.
La fascination de Riera et Aragó pour la mer se révèle dans la très belle série sur les îles dont Valentin Roma parle de la façon suivante : « Ces pièces possèdent une apparence absolument fondamentale : ce sont des fragments de matière situés de forme précise sur une surface d’eau totalement prisonnière et qui couvrent en partie la physionomie de l’œuvre. Le contact permanent entre le matériau et l’eau provoque une série d’oxydations imprévisibles qui progressivement vont éroder la silhouette bigarrée de ces segments pierreux, soulignant les recoins les plus subtils et créant des lacs à peine perceptibles dans les orifices naturels de la matière. Il se produit alors une situation que je me hasarderai à qualifier de magie : l’orographie plastique de ces éléments d’une grande simplicité, active leur signification et commence alors une nouvelle lecture de leur symbolisme en se présentant sous le regard du spectateur comme si c’était réellement des véritables paysages. Nonobstant, cette définition particulière entre le résiduel et le symbolique, cette ambiguïté des îles entre la lecture des fragments de matière ou de paysages reproduits, donne précisément une grande force expressive à l’origine de leur fascinante beauté plastique. Rares sont les œuvres d’art qui donnent à lire toute la complexité du mystère de la création ».

Par ailleurs la thématique du sous-marin est un des éléments incontournables dans l’œuvre de Riera i Aragó et l’exposition en présentera quelques très belles pièces représentatives de la trajectoire de l’artiste. Des œuvres comme « l’Immersion » de 1998, composée de 7 sous-marins en bronze qui représentent la séquence d’une disparition sous l’eau, ainsi que les 7 sous-marins suspendus au plafond, tous d’une grande richesse chromatique et qui composent l’œuvre « Les sous-marins des Baléares » (1997) ou le « Mandala » (1991) évoqué par Gilbert Lascault « Un mandala placé sur un mur est constitué de sous-marins et d’intervalles entre ses sous-marins…qui visent à rendre visible le silence ».

L’exposition présentera également des sculptures comme « Menara » (1987-1998) en référence au paysage avec une réflexion sur la nature et les éléments qui le composent.
Les matériaux de cette sculpture : la tourbe, le bronze et l’eau, produisent un jeu fascinant entre la représentation métaphorique de la nature et la reproduction littérale de celle-ci. De la même manière la pièce « les Esteles » renvoie à l’origine de la création, à la fonction initiale, celle de la signalisation de l’espace physique.
Dans le parcours de l’exposition le visiteur, pourra se confronter aux sculptures de ces dernières années intitulées « Espèces protégées » que J.F. Yvars définit ainsi : « les dernières pièces de Riera et Aragó glissent vers des paysages de la représentation contemporaine protohistorique en quelque sorte « après le déluge »… ».
Ces œuvres qui sont composées par des milliers de petits sous-marins conjuguent corporéité et transparence comme « Couleur 2 U » (2008), « Quatre sous-marins » (2007) ou l’extraordianaire « Orange submarine » de 2007 .
Dans la plus grande salle du musée la présentation spectaculaire sur un support de prés de vingt mètres de long, d’une grande partie des sculptures « Avion » les unes plus inattendues que les autres, avec un pouvoir de métamorphose inouï, constitueront un moment fort de l’accrochage. « Un avion peut évoquer une flèche prête à jaillir d’un arc bandé. Il peut évoquer un instrument aratoire avec son soc-hélice. Il peut avoir l’air d’une sorte de faux, destinée peut-être à couper les herbes de la lune ou de Saturne… Il existe aussi, dans le monde de Riera i Aragó, des avions bipèdes (bipèdes comme les hommes et les oiseaux). Et d’autres ressemblent à des fleurs qui recherchent la lumière » Gilbert Lascault.
Riera i Aragó réalisera pour le musée cette installation de plus d’une centaine de petites sculptures, celles précisément qui représentent l’œuvre la plus intime. Ces œuvres créées par l’artiste pour lui permettre de réfléchir, de penser dans le volume et la couleur, de dessiner dans l’espace les formes rêvées et pouvoir ensuite les transformer en projets à grande échelle. L’accumulation de toutes ces pièces de sculptures sur une grande superficie, comme cela se produira au musée de Céret, donnera à lire d’une manière magistrale la reformulation des miniatures confrontées à l’espace, mais aussi la fragilité de la monumentalité et la diversité de la cohésion formelle. Dans ce sens, on peut citer ces quelques lignes de Serge Fauchereau : « L’art est un jeu d’adulte. Riera i Aragó nous offre de grands et beaux jouets qui nous emportent vers les abysses océaniques ou les plus fabuleuses planètes, les plus belles étant toujours celles que l’on n’a pas vues et qui sont dans les rêves… Riera i Aragó aime son petit arsenal de machines à rêver mais il ne les prend pas trop au sérieux et sait le chahuter comme un enfant ferait de ses jouets… N’oublions jamais cette dimension fondamentale d’humour dans toute l’œuvre de Riera i Aragó et ne résistons pas au léger sourire qui nous vient souvent en la regardant. Ce léger amusement est fait de plaisir esthétique, mais aussi de satisfactions devant la prise de position positive qu’elle implique, volontairement optimiste, dirait-on ».
L’exposition présentera également une série de dessins de grand format ainsi qu’un ensemble magistral de peintures participant à cet univers très particulier que nous venons de décrire et que Pierre Restany qualifie ainsi : « Riera i Aragó a su mettre un immense talent au service de la constante métamorphose de ses obsessions et pratique ainsi une hygiène radicale dans son retour à l’origine même de la vie. Sur le chemin que jalonnent ses archétypes fondamentaux, il n’a certainement pas fini de nous surprendre ».

L’exposition de l’été 2011 se réalise en partenariat avec le musée d’art moderne de Collioure, et présentera un éventail représentatif de l’œuvre de cet artiste incontournable.



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