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Musée d'art moderne de Céret
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du 24 juin au 30 septembre 2007

Réduire la taille du texte  Agrandir la taille du texte  Bien qu’il ait eu un certain succès de son vivant, Othon Friesz est aujourd’hui un artiste méconnu. Sa réputation repose surtout sur son affiliation au fauvisme, période qui ne constitue qu’une infime partie de son œuvre. S’il figurait au premier plan parmi les jeunes peintres qui se sont révoltés contre l’instruction de leurs maîtres académiques au tournant du siècle, il s’est montré néanmoins plus réticent quand il s’agissait de s’affranchir du joug de l’impressionnisme lors des premières manifestations fauves quelques années plus tard.

Poussé sans doute par l’intérêt que portaient les critiques et les marchands au fauvisme, Friesz finit par faire ses premiers essais fauves à Anvers, aux côtés de Braque, pendant l’été 1906. L’année suivante, il s’inspire de la côte méditerranéenne où il peint, toujours en compagnie de Braque, une série de paysages qui sont sans doute les plus lyriques du fauvisme. Mettant l’accent sur le dessin, introduisant des arabesques, stylisant les formes et supprimant les fonctions descriptives et illusionnistes, il arrive dans certains tableaux au bord de l’abstraction. Aucun autre artiste fauve n’ira aussi loin dans l’exaltation de la ligne et la liberté des formes. L’allégresse fut de très courte durée… le temps d’un été. En automne 1907, après l’arabesque dans le dessin et l’ivresse de la couleur, ce fut la rigueur de la forme sous l’influence de Cézanne, en qui Friesz n’était pas le seul à trouver un mariage convenable entre modernité et tradition.

Tournant le dos au cubisme, sans le condamner pour autant, Friesz développe lors des années précédant la première guerre mondiale un style personnel très expressif tout en s’inspirant de l’art du passé. Les compositions à figures de cette période puisent leur force dans la grandeur des thèmes, l’expressivité des lignes, une structure solide inspirée par Cézanne et les gestes lyriques des personnages qui rappellent « ce quelque chose de stable et d’éternel qu’avait entrevu Nicolas Poussin ». En plus de ses expositions individuelles chez son marchand Druet et sa participation régulière au Salon des Indépendants et au Salon d’automne à Paris, les œuvres de Friesz sont exposées à Moscou au Salon de la Toison d’or et au Salon du Valet de Carreaux, à Londres à l’exposition Manet and the Post-Impressionists, à New York à l’Armory Show, à Berlin dans une exposition individuelle à la Galerie Cassirer, ainsi que dans des expositions collectives à Saint-Pétersbourg, Düsseldorf, Cologne, Amsterdam, Leipzig, Prague, Bruxelles et Munich. Cette ascension que rien ne semble pouvoir arrêter est interrompue au moment de sa mobilisation au début de la Première guerre mondiale.

Si la guerre marque le début d’une production plus orientée à la vente et moins le fruit de recherches picturales, ce n’est pas à cause des hostilités, mais plutôt la conséquence d’un changement de mode de vie qui s’opère chez Friesz depuis quelque temps. En 1913, encouragé certainement par l’importance de sa réputation qui s’étend à l’étranger et souhaitant exercer davantage de contrôle sur la vente de ses tableaux, l’artiste met fin au contrat d’exclusivité avec Druet. La même année, il s’installe avec sa jeune épouse et son enfant dans l’ex-atelier de Bouguereau situé près de l’Académie Moderne où il enseigne. Début 1914, Fernand Fleuret présente Friesz à Léon Pédron, un riche négociant du Havre, qui confie à l’artiste la responsabilité de l’aider à constituer une collection d’art en échange d’une mensualité. Désormais, artiste réputé et à l’abri du besoin, Friesz se montre sensible aux thèses d’Emile Bernard et de Maurice Denis - tous deux artistes, critiques et grands défenseurs de Cézanne - qui jugent sévèrement l’avant-garde.

A l’issue de la guerre, Friesz se trouve, à l’âge de 40 ans, dans un climat conservateur qui se manifeste dans le domaine artistique sous la forme du « retour à l’ordre ». Avec une certaine disposition pour les relations mondaines et une soif de reconnaissance officielle, il est d’abord épaulé financièrement par Léon Pédron. Katia Granoff, qui prend le relais pour soutenir l’œuvre de Friesz après le décès de Pédron en 1927, raconte dans ses souvenirs les soucis financiers de l’artiste : « Il était fastueux et naïf, mais, à cette époque, les vrais artistes ne pouvaient encore se permettre un tel train de vie […] Le contrat avec la galerie Granoff, pourtant très substantiel, n’améliora pas cette situation, l’entraînant à plus de dépenses encore. A la fermeture de cette galerie, les huissiers étaient en permanence à sa porte et troublaient la paix familiale et le travail du maître ».

D’emblée, le commissariat de l’exposition a pris la décision de montrer tout Friesz, y compris la période de maturité. Aussi avons-nous voulu rappeler l’accomplissement du jeune peintre marqué par l’impressionnisme, souligner sa contribution unique au fauvisme et faire découvrir l’originalité des tableaux, très peu connus, réalisés juste après le fauvisme. En ce qui concerne la période de maturité, nous avons voulu montrer des tableaux qui témoignent du talent d’un grand artiste. Environ deux cents œuvres (tableaux, dessins, estampes, livres illustrés, céramiques), appartenant à une cinquantaine de collections (publiques et privées) dans une dizaine de pays, ont été soigneusement sélectionnées afin de représenter toutes les périodes et techniques de l’œuvre de Friesz.

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