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Musée d'art moderne de Céret   (Retour)
Frank Burty Haviland
Frank Burty Haviland
Limoges (France) 1886 - Céret (France)1971

Frank Burty Haviland

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Né le 16 octobre 1886 à Limoges, mort en 1971 à Perpignan, inhumé à Céret.
Séjours à Céret de 1909 à 1924 et de 1955 à 1971.

La vie et l’œuvre de Frank Burty Haviland sont intimement liées à Céret.
En 1948, Frank Burty est à l’origine, avec Pierre Brune de la création du Musée d’art moderne. A la mort de Pierre Brune, il lui succède comme conservateur de 1957 à 1961.
Cependant, c’est près de quarante ans plus tôt, à l’age de 23 ans et accompagné de son ami sculpteur Manolo Hugué, ami de Picasso, et du musicien Déodat de Séverac que Frank Burty découvre et s’attache à la petite ville, capitale du Vallespir. Il se marie en 1914 avec une jeune cérétane Joséphine Laporta.
Les premières toiles de Frank Burty sont ancrées dans le mouvement cubiste dont Céret fait figure de foyer avant-gardiste: le peintre réalise essentiellement des portraits - de ses proches et de sa femme en particulier – et des natures mortes. Puis ce sont les paysages qui lui sont chers qui retiennent inlassablement sont attention : ceux du Vallespir comme ceux de Cerdagne ou il réside alternativement.
En 2007 et 2008, le Musée de Céret a fait l’acquisition d’un fond remarquable. Plus de soixante toiles et 611 dessins, aquarelles, pastels et gravures ainsi qu’un fond documentaire ont ainsi rejoint les déjà nombreuses pièces du peintre conservées au Musée d’Art Moderne. Le musée se trouve aujourd’hui doté d’un fonds de 88 peintures, 727 dessins, 34 gravures.

Le peintre dont la modestie était louée, signait ses oeuvres « Frank Burty », probablement pour affirmer son attachement à la branche maternelle de sa famille. Sa mère, Madeleine Burty, qu’il perd jeune, est la fille du célèbre critique d’art Philippe Burty, inspecteur des Beaux-Arts et collectionneur, notamment d’estampes japonaises. Philippe Burty est proche des frères Goncourt, d’Alphonse Daudet, de Victor Hugo, de Charcot mais aussi du porcelainier américain Charles Edward Haviland, fer de lance de la société Haviland et Cie basée à Limoges

Madeleine Burty a 19 ans lorsqu’elle épouse Charles Haviland qui est de plusieurs années son aîné. Leurs témoins sont Edmond de Goncourt et Gambetta et l’événement est rapporté par de Goncourt dans son Journal. Frank Burty est le troisième fils d’un deuxième mariage de Charles Haviland. Les nombreux dessins, pastels et huiles que Frank Burty réalise dans les environs d’Yzeures dans la Creuse où Paul Haviland, son frère, possédait une maison, témoignent des liens toujours ténus que les deux frères on entretenu leur vie durant.

Enfant, Frank vit ainsi entouré de peintures modernes mais aussi d’objets d’art africains ou antiques dont Charles Haviland – collectionneur de renom comme son beau père et ami Burty - est féru. Dans la chambre de Frank, située dans l’hôtel particulier que son père avait fait construire à Paris, était notamment accroché un tableau de son frère Paul peint par Auguste Renoir.
Charles Edouard, le père de Frank, n’est pas moins passionné ni collectionneur que ne l’est son ami Philippe Burty.

Frank a reçu une éducation protestante très stricte, à la façon des quakers. Il effectue sa scolarité à Paris puis, après la mort de sa mère, intègre la pension de l’Ecole des Roches où il se consacre à la musique, encouragé par de brillants professeurs parmi lesquels le pianiste Ricardo Vines. C’est Vines qui présente Frank au compositeur Déodat de Séverac qui lui-même lui fait rencontrer Manolo qui devient très vitre son ami. Dès lors, Frank côtoiera le milieu artistique parisien ; Picasso, Braque, Gris, Max Jacob mais aussi Modigliani, sont ses amis. Ce dernier peint d’ailleurs plusieurs portraits de ce grand jeune homme élégant, à l’œil clair, au nez et à la bouche bien ciselés. Manolo réalise des sculptures et des dessins de ce beau visage que Paul Haviland, photographe de renom a aussi fixé par la photographie.

A 21 ans, Frank refuse de travailler dans la firme paternelle. Il part rejoindre son frère Paul qui l’accueille à New York entre novembre 1906 et juin 1907. Après des études à Harvard, Paul Haviland s’etait engagé dans une carrière prometteuse dans l’industrie de la porcelaine à New York mais sa passion pour la photographie lui fait rencontrer et œuvrer auprès d’Alfred Stieglitz et de M. de Zayas qui arrivent de Paris cette même année 1907. A New York, Frank est immergé dans ce haut lieu de l’avant-garde, ce « laboratoire » que sont The littles Galleries of the Photosecession selon l’expression de Stieglitz. Ouvertes en 1905 au numéro 291 de la Cinquième Avenue et crées à l’origine pour diffuser les épreuves des membres du groupe, la galerie 291 (son nouveau nom depuis 1907) est ouverte à l’art en général : elle est le théâtre d’une série de manifestations inédites sur le continent et s’affirme comme un point de rencontre des artistes et intellectuels de l’époque. Parallèlement aux expositions de peintres américains, la galerie 291 organise les premières expositions américaines de Rodin, Matisse, Cézanne, Picasso, Brancusi, de Picasso-Braque mais aussi de sculptures primitives africaines. Non sans susciter des controverses parmi les critiques, peintures modernes et objets d’art africains se côtoient à New York, tout comme ils se côtoyaient sur les murs de la maison d’enfance de Frank Burty à Paris.
Frank fait la connaissance de Picabia, rencontre décisive qui l’oriente vers la peinture.

Ces liens entre l’art moderne et le primitivisme prennent forme dans la peinture de Frank Burty.
Réalisé vers 1903, le Portrait de Joséphine Laporta en est un exemple remarquable. En forme de losange, le visage géométrisé évoque un masque Boulé (centre de la Côte d’Ivoire) dont Frank Burty hérita, à côté de dizaines d’autres pièces tout aussi remarquables, à la mort de son père. L’ensemble de ces pièces fut dispersé en 1936 lorsque Frank Burty les vendit aux enchères à Drouot. Certaines d’entre-elles furent reproduites en leurs temps notamment dans les deux ouvrages de références de l’époque : Nigerplastik de Carl Einstein et African Negro Art de M. de Zayas. Parmi les pièces reproduites, celle d’une tête de singe (elle ressemble au singe Bouloul, statue des Fangs mais est probablement originaire du Gabon : Adoumar ou Vouvi ou encore Embeta) fixée sur un socle du sculpteur japonais Anagaki, a directement servi de modèle à Frank Burty. On retrouve sous les traits du dessinateur, le visage convexe, l’absence des yeux et cette même manière de prolonger les arcades sourcilières en ovale. Reproduite dans African Negro Art, cette tête de singe a également inspiré le sculpteur Henry Moore qui en réalise des croquis près de dix ans plus tard, au début des années vingt..

Si sa rencontre avec Picasso marqua de façon conséquente les premières œuvres de Frank Burty – les portraits peints, quelques natures mortes et certains paysages dessinés en témoignent-, celui-ci s’affranchit vite du maître, de la même façon peut être qu’il s’affranchit de la vie parisienne pour choisir une vie de peintre loin de l’effervescence de la capitale mais au calme rythme de la vie cérétane.


Telle qu’elle est aujourd’hui rassemblée par le Musée d’Art Moderne de Céret, l’œuvre de Frank Burty offre aussi de précieux témoignages sur notre région. Non seulement en regard des paysages mais aussi des dessins de maisons en Cerdagne qui fournissent une documentation architecturale remarquable, et de ceux qu’il réalise des danseurs de Sardane et des musiciens de Cobla qui offrent toute sorte de détails précieux aux amateurs comme aux historiens de ces pratiques.

Frank Burty ne cessa de peindre sa vie durant. Ses amis lui resteront fidèles. Le peintre a sans cesse joué un rôle d’intermédiaire, de mécène. A Paris comme dans sa propriété Le Couvent des Capucins, il recevait et suscitait les rencontres entre ses amis artistes : ainsi en fut il de son rôle dans la création du Musée de Céret.

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